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Violences sexistes : dans le Gard, des témoignages de victimes affichés sur les murs du lycée bagnolais

Violences sexistes : dans le Gard, des témoignages de victimes affichés sur les murs du lycée bagnolais

Violences sexistes : dans le Gard, des témoignages de victimes affichés sur les murs du lycée bagnolais

En sortant des cours, mardi midi, les élèves du lycée Albert-Einstein de Bagnols-sur-Cèze, ont découvert des slogans et des romans-photos fraîchement collés sur les murs des bâtiments et sur les bancs de la cour. Des phrases chocs dénonçant les violences sexistes ordinaires et des histoires relatant le quotidien de l’établissement d’enseignement secondaire.

Cette installation, issue du projet photographique #jesuisnous du lycée, est le fruit d’une rencontre entre deux professeurs du lycée, Cécilia Racaud et Claire Huguet, un photojournaliste, Julien Goldstein, et l’engagement de Selma et Manon, deux lycéennes de la génération #MeToo. "On a vécu des expériences sexistes au lycée et dans notre vie, on voulait sensibiliser les autres à cela" expliquent-elles.

Une installation itinérante

Une partie des slogans et des romans-photos est visible à la médiathèque de Bagnols jusqu’au 10 octobre. Cette exposition, installée sur des supports, à vocation à être montrée dans d’autres établissements scolaires. Les romans-photos sans les textes sont également disponibles pour un travail pédagogique. Déjà, le lycée de Villeneuve-lès-Avignon est intéressé. L’installation sur les violences sexistes a été menée dans le cadre du projet photographique #jesuisnous qui regroupe aussi une réflexion sur l’identité à travers des photos, affichées elles aussi au lycée.

Avant de se lancer dans la partie création, les initiatrices de cette action inédite dans un lycée ont d’abord récolté des témoignages. "On a distribué des sondages anonymes dans les classes. On a eu énormément de retours" avec des témoignages qui en disent long sur les agressions et les humiliations subies au quotidien par les jeunes filles. Certaines confient qu’elles se font "toucher les fesses quand elles se baissent à la cafet’", d’autres doivent supporter des mains sur la cuisse, sans compter les remarques déplacées, les insultes…

Avis d’élèves dans la cour

Violences sexistes : dans le Gard, des témoignages de victimes affichés sur les murs du lycée bagnolais

Dans la cour du lycée, des élèves lisent avec intérêt les slogans et les textes. D’autres, des garçons, "ne se sentent pas concernés". Un groupe de copines, croisées dans la cour estiment, elles, "que ce n’est pas réaliste. Les agressions dans la rue, c’est beaucoup plus violent que ce qui est montré, et sur les réseaux sociaux aussi. Mais ce genre de slogans ça peut faire réfléchir. Mais on ne préfère rien dire quand on est agressé, car si on dit quelque chose, ça empire et ceux qui agressent n’ont qu’une journée d’exclusion".

"Ça va des moqueries sur les vêtements, quand on ne porte pas d’habits de marque, sur la morphologie, jusqu’aux attouchements… " soulignent Selma et Manon. "Des garçons sont aussi victimes. Même des profs ont témoigné… ". Des élèves ne veulent plus se mettre en jupe au lycée "de peur de se faire agresser" constatent les professeurs. "Ça résonne avec le mouvement récent #lundi 14 septembre (lancé en septembre par des lycéennes pour revendiquer le droit de porter ce qu’elles veulent sans être considérées comme provocante)".

Dans la rue aussi

Et l’enceinte du lycée n’est pas le seul lieu où toutes ces dérives se produisent. "C’est la même chose dans la rue, dans les bus… Et tout le monde trouve ça normal ! Ce qui nous choque, c’est que les personnes agressées gardent ça pour elles " se scandalisent Selma et Manon. Mais, observent-elles, "si quelqu’un parle, il peut y avoir des représailles. Les violeurs sont très peu condamnés, alors on se dit à quoi bon ? " lancent les jeunes filles. Le projet imaginé et l’anonymat ont donc permis de "libérer la parole, Manon et Selma ont compris qu’elles avaient cette opportunité-là " saluent leurs professeurs, conquises par leur volonté et leur courage, "on est très fier d’elles".

Ces situations vécues deviendront les scénarios des six romans-photos affichés depuis hier au lycée Einstein et aussi à la médiathèque de Bagnols. Avec des filles et des garçons du lycée jouant les rôles de ceux qu’ils côtoient dans les classes ou dans les couloirs. "Toutes ces histoires sont vraies " répètent les lycéennes. Des images et des mots à méditer, jusqu’à ce que la pluie ne les efface ou qu’ils soient peut-être arrachés…

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