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Piètre niveau d’anglais, stress pour les salariés

Piètre niveau d’anglais, stress pour les salariés

Piètre niveau d’anglais, stress pour les salariés

« My English is not very good, but I will make efforts » : Sélima Saadi, qui habite à Metz et travaille dans une banque au Luxembourg, a trouvé la phrase idéale pour dérider ses interlocuteurs quand elle doit s’exprimer en anglais. C’est que les nombres, elle les épelle, chiffre par chiffre !

« Mon employeur avait mis en place des cours à l’heure du déjeuner mais c’était compliqué car je travaille à mi-temps, et j’ai un tel complexe que je ne voulais pas être confrontée à mes collègues. Je n’ai jamais accepté de poste de management pour cette raison. Je n’ai plus de stress depuis que j’ai décidé de rester simple employée bancaire. Cela me convient. »

Même si elle effectue des tâches de comptable – calcul de Sicav et fonds de placement –, elle a encore parfois besoin de s’exprimer en anglais. Alors elle ruse. « Je prépare des phrases-types en fonction des clients, et Google traduction a changé ma vie, plus la relecture par des collègues quand il le faut. »

Opportunités professionnelles qui filent

Dans une enquête d’Ipsos pour Wall Street English réalisée en octobre dernier, 19 % des répondants affirmaient avoir déjà manqué une opportunité professionnelle comme une promotion en raison de leurs lacunes en anglais. Même chez les cadres, 27 % seulement estimaient avoir un bon niveau. Selon l’index des compétences en anglais de la société Education First, basé sur les données de test de plus de deux millions de personnes dans le monde, la France occupait en 2020 le 23e rang sur 34 pays européens.

Piètre niveau d’anglais, stress pour les salariés

Auparavant cariste chez un sous-traitant automobile, Laurent Schmitt est devenu l’an dernier approvisionneur planificateur grâce à une opportunité d’évolution en interne. « Alors qu’avant il me suffisait de savoir écrire en anglais “la marchandise X est disponible, veuillez venir la chercher”, j’ai dû appeler des fournisseurs dans le monde entier du jour au lendemain. »

« J’ai arrêté de tout dire au présent »

Au début, à ce nouveau poste, il s’isolait dans une pièce à part pour passer ses coups de fil. Son premier stress : le regard de ses collègues. « C’est idiot car ils sont bienveillants et guère plus à l’aise que moi en anglais, à quelques exceptions près. Mais à certains postes, dans une société internationale, il va de soi que l’on maîtrise. »

Pour valider ses trois mois d’essai, il reconnaît y être allé quelquefois « au bluff », en se débrouillant pour recourir le plus possible aux e-mails et laisser des collègues passer les appels. Mais à la suite d’un plan social, « je me suis retrouvé seul là où on était quatre, raconte-t-il, et j’ai bien dû me lancer ».

Avec son compte personnel de formation, il a pris des cours sur son temps de travail. Pendant six mois, il a échangé par téléphone avec une professeure canadienne, par tranches de 30 minutes, tout en suivant un conducteur sur ordinateur. Les progrès en grammaire et conjugaison sont au rendez-vous. « J’ai arrêté de tout dire au présent. Davantage maîtriser me donne confiance en moi. Je me sens plus serein. »

Aujourd’hui, Laurent Schmitt doit encore parfois se concentrer pour comprendre pourquoi il y a un retard de livraison, à quel moment il va recevoir la marchandise, et peine parfois à comprendre quand ses interlocuteurs ont des accents marqués. Mais au moins n’a-t-il plus besoin de réviser avant chaque conversation !

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