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Championnat du monde de MMA: "Causeur" penche plutôt pour l’”ambassadeur des gentils” - Causeur

Championnat du monde de MMA: "Causeur" penche plutôt pour l’”ambassadeur des gentils” - Causeur

Championnat du monde de MMA: "Causeur" penche plutôt pour l’”ambassadeur des gentils” - Causeur

Ciryl «bon gamin» Gane adore la France, Francis«The Predator» Ngannou affirme de son côté être parti en Amérique chercher ce que l’hexagone ne pourrait pas lui offrir.


À ma droite, Ciryl «bon gamin» Gane, 1,93m pour 112 kg, né le 10 avril 1990 à La Roche-sur-Yon en Vendée, sportif amateur depuis l’enfance, passé par le football puis le basket, et devenu depuis 2019 combattant à l’UFC (Ultimate Fighting Championship).

L’inversion des voyelles dans son prénom n’est pas une coquille ou une coquetterie de star mais une erreur de l’état civil que ses parents auraient fait corriger s’il n’avait pas fallu pour ça du temps pour les démarches et de l’argent. Deux choses qui manquaient à un père conducteur de bus venu de Guadeloupe et à une mère ouvrière à l’usine, occupés à transmettre à leurs trois enfants le sens du respect et à leur donner «beaucoup d’amour», comme dit le champion aux dix victoires quand il parle de ses parents. Le surnom «bon gamin» lui vient de sa bande d’amis et d’un sketch de Dany Boon. Ça lui va bien, tout le monde le dit. Un bon gars, humble et blagueur, qui dit vouloir « être l’ambassadeur des gentils», qui n’a pas besoin de prendre un air méchant pour inquiéter ses adversaires, qui ne court pas après la gloire, mais veut rendre sa famille fière de lui, et qui combat pour gagner de quoi acheter une maison pour sa femme et sa fille. Un rêve modeste et une réussite fulgurante. Il y a à peine trois ans, les primes qui le sortaient du prolétariat suffisaient à son bonheur. Aujourd’hui, alors qu’il est sur le point de devenir champion du monde et de «de ramener la ceinture à la maison», tout est du bonus. Il est entraîné par Fernand Lopez au «MMA Factory», salle d’arts martiaux du 12ème arrondissement de Paris tenue par Benjamin Sarfati qu’il n’entend pas quitter. Quand on l’interroge sur la suite de sa carrière internationale, il répond: «J’ai tout ce qu’il me faut ici, coachs, soignants, équipements, je resterai en France».

À ma gauche, Francis«The Predator» Ngannou, 1,93 m pour 113 kg, né le 5 septembre 1986 à Batié, au Cameroun, 19 combats dont trois défaites, champion du monde poids lourds MMA depuis mars 2021. Arrivé en France pour devenir boxeur, le Cameroun n’offrant pas l’opportunité de faire carrière, il a été repéré par le même Fernand Lopez qui l’a sorti de la rue pour l’aider à devenir l’athlète qu’il est devenu en lui donnant ce qui lui manquait, un toit et de quoi se vêtir, et en lui permettant de s’entraîner gratuitement dans la même salle que son challenger d’aujourd’hui. Ils ont boxé ensemble sans qu’aucun des deux ne prenne le dessus sur l’autre. «Je retenais mes coups, il tapait pour de vrai» dira plus tard Ciryl de son partenaire. Francis aussi a connu une ascension spectaculaire, faisant tomber les combattants les plus forts et les plus dangereux du monde les uns après les autres. Arrivé au sommet, il a pris ses distances avec son entraîneur Fernand Lopez qui évoque une trahison et a quitté la « MMA Factory » et la France pour l’Amérique. Il déclare alors aller chercher outre-Atlantique ce que la France ne peut lui offrir : des structures et des coachs plus performants. Il a toujours eu un rêve américain, même à l’époque camerounaise. Jusqu’à présent, il portait sur les photos et sur les épaules un drapeau français et un drapeau camerounais. Désormais, il laissera tomber les trois couleurs, comme un président En Marche sous l’Arc de Triomphe. Comme pour Jacques Attali, la France n’aura été pour lui qu’un hôtel. C’est son droit le plus strict, il combat sous les couleurs de son choix, il n’a pas été élu par les Français et n’est même pas allé à l’école de la République. Il est entrainé par Eric Nicksick, un amerloque, et arbore l’allure fière et un peu arrogante d’un afro-américain d’adoption. Même Dana White, le président de l’UFC, le dit:«Il a pris la grosse tête».

Certains mettront le réveil dimanche matin

Samedi soir à Los Angeles, dans la nuit de samedi à dimanche à 4 heures heure française, les deux combattants entreront dans «la cage», dans l’hexagone, qui est au MMA (Mixed Martial Arts ou Free-Fight) ce que le ring est à la boxe. Dans cette discipline longtemps interdite en France parce que jugée trop violente et autorisée depuis janvier 2020, tous les coups ne sont pas permis, ce n’est pas de la bagarre de rue mais les pratiques de tous les arts martiaux sont représentées, les coups de poings, de pieds, de coude et de genou de la boxe thaï et du karaté, mais aussi les projections, les prises et les clefs du judo, du catch ou de la lutte. Pugilat et corps à corps. On ne sort vainqueur de ces combats que par K.O, par soumission ou par décision des arbitres si les deux guerriers sont encore debout après cinq rounds. Le plus généreux en distribution de mandales l’emporte.

Championnat du monde de MMA:

Pour ce combat, les spécialistes s’accordent sur un point, rarement les forces n’auront été aussi équilibrées et personne ne risque un diagnostic. La lutte s’annonce serrée et palpitante. Ngannou est une montagne de muscles avec un punch qui bat des records. On a mesuré sa force de frappe et estimé que son coup de poing était équivalent à la puissance d’une voiture de type Ford Escort. C’est un bulldozer qui avance et qui cogne dur. Gane est rapide, agile, aérien, il pratique une feinte habile, un jeu intelligent et un coup de genou projeté redoutable. Dans le face-à-face organisé pour la presse, Francis a ouvert les hostilités en annonçant sans haine à Ciryl, toujours souriant: «Je te respecte mais samedi ce sera la guerre».

Quel que soit le vainqueur de ce choc entre nos gladiateurs des temps modernes, quelle que soit l’issue de cette histoire qui pourrait être le scénario de Rocky 7 mais où tout est vrai, deux hommes ont déjà gagné et peuvent être fiers de leur victoire : Fernand Lopez et Benjamin Sarfati, qui ont accueilli, révélé, formé et entraîné les deux combattants, sans l’aide de subventions ni la protection de la moindre exception culturelle, et qui donneront dimanche à la France un champion du monde catégorie poids lourd.

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