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"Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson, sortie en salle le 5 janvier 2022

"Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson, sortie en salle le 5 janvier 2022

"Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson, sortie en salle le 5 janvier 2022

Écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson, Licorice Pizza (“pizza au réglisse”, métaphore du disque vinyle, emblème de l’époque) traverse les bouleversements d’une première histoire d’amour, en Californie dans les années 1970.

► Paul Thomas Anderson : C’est curieux parce que l’histoire m’est venue très facilement, sans doute parce que je l’avais en tête depuis très, très longtemps. Il y a plusieurs années, j’avais eu cet embryon d’idée, autour de ce garçon et de cette fille.

On n’ose jamais admettre qu’on a écrit un texte facilement. Mais parfois on a le sentiment de tenir quelque chose de bon et on sait qu’on a de la chance quand on se sent entraîné par une inspiration qui vous propulse très loin – et c’est ce qui semble s’être produit et on ne peut pas faire comme si cela n’avait pas lieu. Et aussi peu structurée que semble l’intrigue, c’est le scénario le plus concis et resserré que j’aie jamais écrit : le film y est très fidèle, on a coupé très peu de scènes – on s’est contenté de tourner l’histoire qu’on avait écrite.

► Rachel Kushner : J’ai le sentiment qu’ils ne cessent de se heurter à un monde susceptible de leur faire du mal et de les broyer, et à chaque fois qu’ils vivent une telle expérience, ils se tournent l’un vers l’autre. Chacun trouve chez l’autre un être qui ne le fera pas souffrir et n’a pas envie de le faire souffrir – bien au contraire, d’ailleurs. Leur amour est presque familial – elle est un peu comme sa grande cousine. Même le fantasme adolescent de Gary de draguer une jeune fille plus âgée que lui est profondément innocent. Lorsque Gary remarque Alana, ses intentions sont beaucoup plus pures que celles d’un garçon qui fantasme sur Farah en maillot rouge. Il est sensible à un esprit qui émane d’elle. Il s’intéresse sincèrement à qui elle est et, surtout, à celle qu’elle pourrait devenir. Quel type d’acteur s’est révélé Cooper Hoffman ?

► Paul Thomas Anderson : Quand on a en face de soi un visage comme celui d’Alana et un autre comme celui Cooper – et si on fait bien son boulot de metteur en scène –, on les filme en gros plan. On a beau avoir des idées de mise en scène – au bout du compte, une réalité s’impose à vous, et, à mon sens, comme l’essentiel du film se déroule entre ces deux personnages, il fallait se concentrer sur eux, ne surtout pas perdre ça de vue, en gardant en tête qu’ils constituaient le cœur de l’intrigue. Cooper est magnifique – et je le connais depuis sa naissance.

On avait une règle très stricte selon laquelle le maquillage n’était pas autorisé – et si Alana se maquillait, elle le faisait elle-même et faisait en sorte que le spectateur en soit conscient.

On a tendance à recourir de manière excessive aux retouches maquillage et coiffure. C’est un procédé incessant qui gêne la réalisation d’un film et qui fait qu’on se retrouve avec une cinquantaine de personnes qui s’agitent dans tous les sens pour retoucher une coiffure ou un maquillage. Cela empêche de rester concentré sur l’histoire et ça ne sert à rien quand on tourne un film sur des ados de 15-16 ans dans la région de la San Fernando Valley en 1973.

► Alana Haim : J’ai fait une totale confiance à Paul, et il m’a fait confiance. Je voulais faire tout ce qu’il me demandait, j’étais prête à tout, à n’importe quel moment, et j’étais tellement heureuse de participer à ce projet que si Paul m’avait demandé de sauter en parachute le lendemain, je me serais mis à chercher un parachute ! C’était vraiment une affaire de confiance entre nous.

► Paul Thomas Anderson : Elle a eu besoin de se roder pendant les quatre ou cinq premiers jours, parce qu’elle n’avait jamais tourné auparavant : elle s’en est tenue au scénario et elle ne se faisait pas encore suffisamment confiance pour s’en écarter. Pour autant, dès le deuxième jour, elle était au volant de la fourgonnette avec Bradley Cooper qui s’était mis à improviser et à tenter de la séduire. C’était donc son baptême du feu, mais à un moment donné, j’avais besoin qu’elle me dise ce qui se passait, parce que le film ne m’appartenait plus : elle se l’était approprié. C’est dans ces moments-là que les plus belles scènes émergent, comme lorsqu’elle quitte le dîner de Shabbat avec son petit copain, Lance.

J’avais écrit une scène, assez ratée, et elle l’avait compris et m’a demandé si elle pouvait tenter quelque chose. Ou peut-être qu’elle ne m’a même pas dit ça. Elle ne m’a peut-être rien demandé : elle est tout simplement sortie en trombe et a dit « À quoi ressemble ton pénis ? » Je me suis dit « ah voilà ! C’est exactement ce que je voulais ».

Je me souviens surtout de la première scène du film où Alana marche dans la rue et rencontre Gary. Alana a une formidable démarche, et on a une telle complicité professionnelle que je peux me permettre de lui dire qu’on va utiliser July Tree pour cette scène – et du coup, elle sait exactement sur quel tempo régler son pas.

J’ai donné à tous les garçons des chansons qu’ils n’avaient sans doute jamais entendues, même si leurs pères leur passent ces morceaux depuis qu’ils sont petits.

► Rachel Kushner : J’adore le fait qu’elle (Alana) s’entraîne sur les mélodies de Nina Simone, et j’aime cette scène pour plusieurs raisons : sa jupe-short, sa timidité, sa connivence conflictuelle immédiate avec Cooper Hoffman. Mais il y a une autre raison : vous les filmez dans les passages couverts du Portola Middle School de Tarzana.

► Paul Thomas Anderson : C’est à Portola que commence l’histoire. C’était le jour de la photo de classe et c’est là que j’ai vu cette fille… Tous les gamins étaient bien alignés sur le bitume, et ce jeune, qui devait être au collège, était en train d’embêter la fille qui travaillait pour le photographe. Il tentait visiblement d’obtenir son numéro de téléphone… C’est le point de départ…

► Rachel Kushner : Un élève de 4ème ?

► Paul Thomas Anderson : C’est ça. Ce postulat improbable est resté gravé dans mon esprit, et je me suis dit que c’était un très bon point de départ. Que se passerait-il s’il parvenait à la convaincre de sortir avec lui et si, malgré elle, elle se fâchait justement parce qu’elle avait accepté ?

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