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Myriam Anissimov, Chang Kuo-Li, Yves Cusset, Fabienne Raphoz… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Myriam Anissimov, Chang Kuo-Li, Yves Cusset, Fabienne Raphoz… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Myriam Anissimov, Chang Kuo-Li, Yves Cusset, Fabienne Raphoz… Les brèves critiques du « Monde des livres »

PHOTO. « New York, Ukraine », de Niels Ackermann et Sébastien Gobert

Ce n’est pas une blague : New York est en Ukraine. Cette ville de 10 000 habitants, à des milliers de kilomètres de sa grande sœur américaine, est située dans la région de Donetsk, non loin de l’actuelle ligne de front. Mais hormis son nom évocateur, rien ne la distingue des centaines de petites villes ex-soviétiques qui, trois décennies après la chute du régime, se cherchent toujours une identité et un mode de (sur) vie. C’est le ­contraste entre le nom clinquant et la pathétique réalité qui a dû inspirer les auteurs de ce guide. Appellation trompeuse, d’ailleurs, car derrière la modeste étiquette « guide de voyage » se cache un trésor : un portrait urbain doublé d’une enquête ­sociologique et ethnographique, un fascinant ­périple en textes et en images. Ces dernières, dues au photographe Niels Ackermann, sont d’une acuité et d’une beauté saisissantes. Ne ­serait-ce que par le biais de ce livre, la petite New York ukrainienne mérite vraiment un détour. E. Ba.

« New York, Ukraine. Guide d’une ville inattendue », de Niels Ackermann et Sébastien Gobert, Noir sur blanc, 204 p., 27 €.

RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE. « Oublie-moi cinq minutes ! », de Myriam Anissimov

« Pour Maman, aimer signifiait une empoignade perpétuelle, dont je sortirais perpétuellement vaincue », écrit Myriam Anissimov dans Oublie-moi cinq minutes ! De cette affirmation, le livre ne cesse d’apporter la preuve, récit du singulier combat auquel se sont livrées mère et fille pendant plus de sept décennies, alors que la seconde cherchait avec application, mais vainement, le moyen de ne pas décevoir la première. Partant sur les traces de Bella, cette femme si difficilement aimable et tellement aimée, morte il y a trois ans, Myriam Anissimov poursuit son œuvre autobiographique (dans la suite de Jours nocturnes ou Les Yeux bordés de reconnaissance, Seuil, 2014 et 2017) en même temps qu’elle applique d’une certaine manière à sa génitrice, personnage plein de poigne et d’orgueil, ses talents de biographe (de Primo Levi, Romain Gary, Vassili Grossman et Daniel Barenboim). Elle insuffle ainsi une énergie revigorante à ce qui aurait pu être un livre de deuil. R. L.

« Oublie-moi cinq minutes ! », de Myriam Anissimov, Seuil, 400 p., 21 €, numérique 15 €.

FÉMINISME. « Les Garçonnes », de Christine Bard

Le mot s’est imposé en 1922, avec le double succès du roman de Victor Margueritte La Garçonne et de la coupe du même nom. Silhouette androgyne et cheveux courts, la garçonne est devenue, depuis, l’un des mythes des ­Années folles, incarné par des figures comme Marlene Dietrich, Louise Brooks, Suzy Solidor ou encore Violette Morris. L’historienne Christine Bard analyse en détail la fabrication de ce fantasme, et la façon dont ces femmes, souvent lesbiennes, « incarnent l’ambivalence d’un monde en plein bouleversement ». Paru initialement en 1998, cet essai était introuvable. Sa republication vient à point nommé, alors que les études sur le genre ont pris un nouvel essor. Christine Bard a choisi de ne rien changer à son texte, sinon de substituer « autrice » à « auteure » et d’utiliser quelques points médians à la place des « (e) » qui prévalaient à l’époque. De. C.

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