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Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

De la terrasse de sa maison dans la région de Baalbeck, le panorama qui s’offre à Issa Halloum est celui d’une nature miraculeusement préservée. À commencer par son bout de jardin arboré, ensoleillé et verdoyant, où les oiseaux viennent se poser en groupes pour se mettre à l’abri des chasseurs. Un peu plus loin, c’est une nature rurale et chaleureuse qui déploie ses terrains agricoles. Une nature simple et authentique qui s’anime doucement au fil des saisons, au rythme des semences, des récoltes, des travaux des champs ou encore de la vie de la basse-cour… Opposant ainsi à la chape oppressante de la capitale blessée son éclatante sérénité. Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

L’éclat serein des couleurs

L’éclat serein des couleurs: voilà ce qui définit le mieux la peinture de cet artiste. Et voilà où vous emmène sa nouvelle cuvée de toiles présentées sur les cimaises de la galerie Art on 56th, dans une exposition qui offre au regard comme un sas de décompression, un bienfaisant espace de douceur visuelle dans une période d’une déprimante noirceur.

Car le plaisir de peindre qui se dégage des toiles de Issa Halloum, sa jubilation à saisir, à travers sa palette vive, la luminosité des paysages et l’éclat de la nature (comme formulé dans le titre de l’exposition «Brilliance of Nature») est tout simplement contagieuse. Et le visiteur est vite happé par son univers solaire et apaisé, à mille lieux des triturations intellectuelles de beaucoup d’artistes de sa génération.

Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

Une toile de la série portuaire de Issa Halloum (huile sur toile 100 x 140 cm). DR

Prêtes pour la sobhieh…

«Mon art est directement inspiré par mon amour de la nature et des gens simples qui vivent en son sein. Je ne suis pas un peintre qui philosophe les choses. Je suis plutôt dans le registre des émotions», avoue cet artiste sincère qui, aux sirènes de la vie urbaine, a toujours préféré la chaleur humaine de son village natal.

C’est là que Issa Halloum, confiné comme tout le monde durant de longs mois au cours de ces deux dernières années, a produit une vingtaine de nouvelles huiles sur toiles ou sur panneaux dépeignant son environnement premier. Outre les vues de sa fenêtre, il a ainsi immortalisé de nombreuses scènes de son quotidien en milieu rural: femmes vaquant à leur cuisine, enfants jetant des grains aux poules, couple en discussion sur la terrasse surplombant un paysage ensoleillé…

Issa Halloum, chantre de la Békaa heureuse

Pour mémoire

Du bonheur de refaire la tournée des galeries... En vrai

Une thématique loin d’être inédite chez ce peintre qui a toujours su regarder autour de lui, au point d’avoir fait de ses solaires représentations de moments de vie au sein d’une Békaa heureuse sa marque de fabrique.

Car s’il trouve essentiellement son inspiration dans la nature, Issa Halloum éprouve toujours la nécessité d’introduire dans ses paysages des traces de vie humaine. Même lorsqu’il s’amuse à peindre les quatre saisons en quadriptyque directement sur quatre troncs d’arbres, les personnages sont de la partition. Et même dans ses rares toiles totalement dénuées de silhouettes humaines, les histoires de vie sont toujours sous-jacentes. À l’instar de cette simple représentation de fagots de branches mortes entassés dans un coin de jardin, ou, un peu plus loin, de cette peinture portraiturant deux chaises, une table et une cafetière fumante prêtes pour la sobhieh.

Issa Halloum représente dans ses toiles un univers rural lumineux et apaisé (huile sur toile 150 x 220cm). DR

Une radieuse vitalité

Toujours équilibrées entre masses et déclinaisons chromatiques, ses œuvres de moyennes à grandes dimensions à la composition aérée oscillent entre exultation et douceur, prenant parfois à coups de pinceaux vifs et resserrés des accents néo-impressionnistes, flirtant d’autres fois avec un fauvisme ou encore un cubisme atténués.

«En fait, j’aime représenter ce qui m’entoure mais pas de manière académique. Quand j’étudiais à Milan, par exemple, j’ai produit des toiles inspirées de la vie dans cette ville italienne, rappelle-t-il. Mais c’était surtout la luminosité de son ciel et l’éclat de “ses” couleurs qui étaient les déclencheurs essentiels de mon inspiration», ajoute celui qui privilégie dans son travail la peinture en extérieur. Ainsi, à la faveur d’un été passé à la mer, ainsi que de ses fréquents trajets vers Saïda et Tyr où il donnait des cours à l’université, Issa Halloum a aussi peint des séries sur les thèmes des plages et des ports du Sud-Liban dont il présente dans cet accrochage quelques pièces d’une radieuse vitalité.

Des huiles pleines de mouvements et de personnages en action qui traduisent au final plus qu’une célébration de la nature, une célébration de la vie naturelle. C’est la façon par laquelle ce peintre qui a gardé, 25 ans après ses débuts, la spontanéité, l’authenticité et la fraîcheur de son pinceau traduit son allègre vision de l’existence. Envers et contre tout.

*«Brilliance of Nature», à la galerie Art on 56th, jusqu’au 23 décembre.

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