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Derrière les métamorphoses et le spectacle, le véritable Thierry Mugler

Derrière les métamorphoses et le spectacle, le véritable Thierry Mugler

Derrière les métamorphoses et le spectacle, le véritable Thierry Mugler

Le père de Thierry Mugler était médecin et lui a offert son premier disque : un album d’Yma Sumac, la chanteuse péruvienne dont la voix, le physique et la légende hors norme vont marquer le créateur. À l’âge de 9 ans, l’enfant commence l’apprentissage de la danse classique. « J’étais un gamin solitaire, égaré, limite autiste et anorexique. J’ai pu m’exprimer par mon corps », confiait-il à Paris Match en mai 2009. À 14 ans, il intègre, comme petit rat, le ballet de l’Opéra national du Rhin. « Mes parents ne me l’ont pas pardonné mais cela m’a libéré et la magie de la scène ne m’a plus quitté », a-t-il précisé à Maïté Turonnet. Malgré son nouvel engouement pour la scène, la création de costumes et l’art des lumières, Thierry Mugler continue de dessiner et s’inscrit aux Arts décoratifs de Strasbourg pour devenir architecte d’intérieur.

Selon les témoignages que nous avons recueillis, on a commencé à l’apercevoir à Paris dès 1966, notamment au Fiacre, le bar-restaurant phare du Saint-Germain-des-Près gay, et d’autres établissements pour garçons où s’illustrent également des femmes du monde comme la comtesse Jacqueline de Ribes et l’excentrique Sao Schlumberger. Le créateur Kenzo Takada, arrivé de son Japon natal au milieu des années 1960, se souvient du jeune Thierry Mugler : « Il était toujours entouré d’une bande dont faisaient partie les créateurs Claude Montana et Gérard Silvi. Il avait un physique racé, des cheveux longs, un style branché qui ne passaient pas inaperçus. À l’époque où je le croisais au Fiacre, je ne savais pas qu’il était styliste et, étant très timide, je ne lui parlais pas. »

Derrière les métamorphoses et le spectacle, le véritable Thierry Mugler

Le Maciste d’aujourd’hui détesterait-il le jeune homme flamboyant qu’il a été ? S’il est difficile de retracer chronologiquement la vie de Thierry Mugler du milieu des années 1960 au début des années 1970, tout le monde s’accorde néanmoins sur le fait que ce hippie fringant, épris de liberté, qui a passé tout Mai 68 à lever le poing à l’Odéon, voyageait beaucoup. À Londres bien sûr, mais également à New York avec ses amis Claude Montana et Guy Paulin qui dessinait des vêtements pour la boutique Paraphernalia. Pour subvenir à ses besoins, Thierry Mugler vend alors ses dessins et ses croquis à des fabricants du Sentier puis, à partir de 1970, à la boutique Gudule, rue de Buci. Il porte de grosses lunettes et s’habille de ses propres créations, mélangeant couleurs primaires et lamé argent, style moyenâgeux et intergalactique. « Il était l’incarnation de la joie de vivre, tout le temps en train de danser et sautiller, ajoute un autre témoin. Quand il arrivait au Flore, les gens applaudissaient son entrée tant il était spectaculaire avec ses poulaines et cuissardes extravagantes. »

Pendant quelques mois, l’extraverti et solaire Thierry Mugler habite avec son négatif taciturne, Claude Montana, chez le styliste Gérard Silvi. Puis le voilà un temps à Amsterdam dans une péniche, avec un Hollandais dont il est tombé amoureux. Lorsqu’il revient dans la capitale, ce futur prophète d’un néoglam urbain a tout le profil du baba cool et ne mange plus que végétarien et macrobiotique.

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