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Envie de changer de vie ? Les conseils des psy pour ne pas vous tromper

Envie de changer de vie ? Les conseils des psy pour ne pas vous tromper

Envie de changer de vie ? Les conseils des psy pour ne pas vous tromper

Cet article est issu du magazine Capital

Sept Français sur dix déclarent vouloir changer de vie. Tous malheureux ? Philippe Gabillet : Selon un sondage OpinionWay, 20% expriment cette attente fréquemment ; et cela concerne à 80% les 35-49 ans. La personne qui dit vouloir changer de vie exprime, le plus souvent, sa volonté de changer quelque chose qui, pense-t-elle, changera tout le reste. Le lieu où elle construira son nouveau territoire; l’activité qui lui permettra de structurer son temps différemment. Ces motivations n’ont pas toutes la même puissance: s’agit-il de fuir sa vie ou de s’épanouir autrement? Une stratégie de fuite tient rarement dans la durée.

N’y a-t-il pas là une grande part de rêve ? L’idée qu’il existerait un monde parfait, c’est bien sûr du rêve. Mais pour ceux qui changent de vie, les revers et les épreuves d’aujourd’hui n'ont plus de sens. Ils savent qu’ils vont affronter d’autres difficultés, mais cette fois ils sauront pourquoi ils se battent. C’est par exemple ce directeur informatique qui devient boucher. Il sait que ce nouveau métier est très contraignant, mais il l’aime.

Une année sabbatique peut-elle servir de test ?Cela peut effectivement servir de sas pour reconfigurer ses priorités et celles de la famille. Un changement de vie réussi est toujours une aventure collective. Mais un congé sabbatique ne vous place pas forcément dans la bonne démarche, car on ne cesse alors de se rapprocher du jour où l’on va revenir à la situation antérieure.

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A quel rythme aller ? Faut-il laisser mûrir son projet pour éviter les déconvenues?Ceux qui attendent d’être prêts à 100% ne se lancent jamais. C’est un comportement psychologique bien observé. Les conditions parfaites pour y aller ne sont jamais réunies.

Quelle méthode préconisez-vous ?Tant que je n’ai pas identifié les événements récurrents qui m’ont amené là où je suis, je ne peux pas avancer. Se dire à soi-même «je mérite mieux» peut faire oublier qu’on est en partie responsable de ce que l’on est devenu. Il faut ensuite identifier ce dont on a besoin et le formuler, soit par écrit, soit en le partageant avec quelqu’un. Se pose ensuite la question du rapport à l’action: il faut se donner les capacités d’agir pour changer son écosystème; s’interroger sur ses capacités; définir le temps que l’on se donne pour devenir opérationnel…

Savoir prendre des risques n’est pas donné à tout le monde. Bien sûr. La peur d’une perte de revenu, la peur relationnelle ou la crainte de l’échec paralysent. Car on nous a appris à faire des plans: d’action, d’épargne, de table. Changer de vie, c’est aussi se mettre en mode disponibilité, rester ouvert aux projets. C’est aussi une affaire de tempérament: il y a des gens fondamentalement sédentaires et, chez eux, le nomadisme consiste simplement à changer de sédentarité… Et il y a les nomades permanents.

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La crise de la Covid-19 va-t-elle jouer le rôle de révélateur pour ceux qui voulaient changer ?Cette période est un accélérateur, aussi bien pour les entreprises fragiles que pour ceux qui étaient déjà en train de se réinventer. Elle incitera les gens à regarder davantage là où ils ont des marges de manœuvre. Mais à long terme, je ne crois pas qu’elle va modifier tant que cela les comportements. Cette catastrophe, on va d’abord chercher à l’oublier le plus vite possible. Nous ne sommes pas dans une société de contemplatifs.

Le télétravail a quand même acquis une nouvelle dimension.Cette crise l’a légitimé. Mais attention: tout a un prix. Je pense que le télétravail impliquera, pour ceux qui le pratiquent souvent, de prendre le risque d’être moins formés et de voir leur carrière ralentie. La disponibilité et la présence sur site d’un collaborateur seront considérées demain comme des éléments de création de valeur.

Envie de changer de vie ? Les conseils des psy pour ne pas vous tromper

Philippe Gabillet est professeur de psychologie et de management à l'ESCP Business school (Paris). Conférencier et coach de dirigeants. Porte-parole de la Ligue des optimistes de France.

Comment expliquez-vous cette volonté de changer de vie exprimée par beaucoup de gens?Yves Cusset : Dans l’idéologie dominante, le changement est devenu un idéal en soi. La permanence a un caractère jugé insupportable. La fidélité à sa compagne ou à son compagnon, à ses idées, à ce que l’on est, semble obsolète depuis une trentaine d'années. Mais on y revient. Le changement, cela va dans le sens de l’idéologie du projet. On a remplacé la fonction par la pluralité de projets auxquels on est amené à participer successivement. Face à cela, la notion de carrière est devenue dépassée.

La quête de sens est souvent invoquée par ceux qui abandonnent leur job.L’un des aspects du mal-être au travail, pour ceux qui s’en plaignent, c'est le sentiment de ne pas habiter leur rôle. Etre ingénieur, médecin, enseignant comme moi, c’est engager sa personnalité dans un rôle social. Or l’entreprise tend à nous réduire à un stock de compétences. Des compétences qui vaudront le temps d’un projet. C’est sympathique un projet, le travail en équipe, mais cela ne permet pas toujours de construire quelque chose dans la continuité.

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Ce n’est pas faute, pour les entreprises, de se soucier du bien-être au travail. Personne n’est dupe, tout le monde s’en amuse. Le paradoxe est que l’entreprise, en se souciant de leur bien-être, souhaite améliorer la productivité des salariés; alors que c’est la norme même de la productivité qui est la source du mal-être au travail… Cercle vicieux. Mais, au-delà de cela, cette ambition de l’entreprise à nous rendre heureux traduit le fait qu’elle ne sait plus quoi faire pour compenser le manque de sens que beaucoup ressentent dans leur travail.

Cela veut dire quoi, le sens? On est en manque de déontologie, qui est le fondement constitutionnel d’un métier. La déontologie n’est pas un simple règlement, c’est la signification collective d’un corps de métier. Le sens est nécessairement collectif, personne n’en est propriétaire. Cela va bien au-delà de la charte éthique qui relève de l’image ou de l’accessoire réglementaire. Si on a le sentiment d’être un pion sur un échiquier, c’est assez logique que l’on veuille changer.

Les jeunes diplômés sont moins attirés qu’auparavant par des carrières dans les grandes entreprises. Cela relève du même phénomène. Ils expriment leur plus grand désir d’autonomie, leur volonté de ne pas appartenir à une structure surplombante. Mais j’y vois aussi un travers de notre époque. Tout le monde veut être reconnu comme soi-même. Ce désir de reconnaissance s’exprime partout. Tout le monde veut créer son entreprise. Dans un domaine que je connais bien, tout le monde veut faire son one-man-show. Tout le monde veut du selfie. Il suffit d’être vu pour être quelqu’un. Ceux qui sont reliés par une appartenance communautaire sont moins exposés à cette soif de reconnaissance individuelle. Le sentiment communautaire peut servir de refuge contre la pression du succès individuel.

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La prolifération des coachs n’en est-elle pas une autre traduction?La logique économique s’est étendue à la vie dans son ensemble: votre vie, c’est votre entreprise, et c’est vous qui en êtes le chef. D’où toute cette prolifération de livres sur le développement personnel. Faire du fromage de chèvre en Lozère ou monter son entreprise est perçu comme un triomphe en soi… plus que de monter les échelons au sein d’une entreprise.

Yves Cusset est philosophe et humoriste, il enseigne à l’université de Bordeaux. Il est notamment l’auteur du livre parodique «Réussir sa vie du premier coup» et de «Rire» (Flammarion, 2019 et 2016).

La volonté de changer est-elle le symptôme de ce qu’on appelle la crise de la quarantaine?Christophe Faure : Cette représentation est très présente dans notre société alors que, pour une immense majorité d’entre nous, entre 45 et 55 ans, on ne connaît pas une crise mais une phase de transition. Cette période du milieu de vie est un temps d’évolution assez universel, au même titre que l’adolescence ou la parentalité. Le psychanalyste Carl Jung parle du «processus d’individuation», un mouvement naturel d’évolution psychique, qui survient aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Et qui gagne à être identifié pour que l'on puisse y faire face avec intelligence.

Il est multidimensionnel: le corps change; le couple parental doit se réinventer en couple conjugal; le rapport à ses enfants et à ses parents change aussi; on remet en question ses choix professionnels; on est davantage en quête de spiritualité. C’est pourquoi j’ai écrit le livre «Maintenant ou jamais!».

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Maintenant ou jamais, est-ce à dire qu’on dispose de sa dernière chance de ne pas rater sa vie?Absolument pas. C’est une période de la vie où l’on ressent plus de liberté d’agir, plus de profondeur, et où l’on ne veut pas passer à côté des opportunités que recèle ce moment. C’est au contraire très positif. Dans la première partie de sa vie, on est dans ce que Carl Jung appelle l’accommodation: une phase où l’on se construit de façon inconsciente un masque (la persona dans le théâtre grec) qui n’est qu’une fraction de nous-même, celle qui s’est adaptée aux injonctions de la société pour trouver sa place dans le monde. Une partie de notre moi profond reste alors dans l’ombre. Au mitan de la vie, on veut explorer la face B. On aspire à quelque chose d’autre, à de nouvelles perspectives. C’est comme le crabe qui mue, qui change sa vieille carapace pour une nouvelle extension de lui-même.

Rencontrez-vous, dans vos consultations, des cadres ou dirigeants qui expriment cette attente? Oui, et ils la vivent parfois avec un sentiment de culpabilité, comme si, dans leur rôle de dirigeant, ils jouaient la comédie. Car, paradoxalement, c’est l’âge où l’on est censé être au top sur le plan professionnel; or ils se sentent parfois plus vulnérables intérieurement. Certains se croient en dépression, alors qu’il ne s’agit que d’un symptôme de cette incontournable (et potentiellement bénéfique) transformation psychique. Au-delà de l’événement déclencheur – cela peut être un divorce, un accident professionnel –, il faut arriver à dézoomer de sa situation singulière pour faire le bon diagnostic et avoir ainsi une vision globale de ce qui se passe en soi.

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N’y a-t-il pas une part de nombrilisme dans tout cela? Non, parce que dans cette période de flottement les personnes expriment au contraire leur volonté d’être plus engagées, plus ouvertes sur le monde, plus dans la transmission. Ce désir n'est pas autocentré. Ce qui meurt, c’est une illusion de soi, la personne que l’on a toujours cru devoir être.

Quels conseils donneriez-vous pour piloter cette phase de transition? Il faut redéfinir en conscience les règles du jeu de sa deuxième vie, faire une sorte d’audit, résoudre les dissonances. Savoir:

Christophe Faure est psychiatre et psychothérapeute, spécialisé dans l’accompagnement des ruptures de vie. Il est notamment l’auteur de «Maintenant ou jamais !» (Albin Michel, nouvelle édition à paraître en septembre).

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