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Pronom « iel » : un outil de propagande ?

Pronom « iel » : un outil de propagande ?

Pronom « iel » : un outil de propagande ?

Tribune. Voici une nouvelle fracture du corps social : le dictionnaire LE PETIT ROBERT introduit de nouveaux pronoms personnels, Iel, Iels et d’autres dérivés. Ces pronoms se rapportent à des personnes qui ne sont ni moi ni toi, et qui se réfèrent à des êtres humains qui ne sont définis ni comme femme ni comme homme. L’éditeur explique qu’il étudie une sélection de textes large et variée, et que ces nouveaux vocables sont relativement fréquemment utilisés. Dont acte.

La première question qui se pose est de savoir comment utiliser le mot iel. Comment doit-on accorder les adjectifs, les pronoms et les participes passés. Silence sur le sujet.

Selon toute apparence, la campagne pour l’utilisation de ces pronoms, et plus généralement l’écriture inclusive révèle une opinion minoritaire mais répandue, essentiellement parmi les jeunes, qui acceptent la nouveauté avec bienveillance. La minorité qui défend le fait qu’une certaine proportion d’êtres humains ne se reconnaissent ni comme femme ni comme homme est très active, agressive, et professe toute une série de nouvelles façons de considérer l’existence de l’humanité sur la planète.

Si nous nous plaçons sur le seul plan de la langue française, deux écoles s’affrontent. Ceux qui refusent iel, dont le ministre de l’Education Nationale et un député qui a demandé à l’Académie Française, la gardienne du langage, de se prononcer sur le fait que ce mot soit ou non considéré comme un mot français. Et ceux qui veulent imposer la nouveauté sur le sujet.

Pronom « iel » : un outil de propagande ?

Dans l’attente de la décision de l’Académie, observons que la langue française manque cruellement d’un troisième genre, le neutre. La souris, la girafe désignent tout autant la femelle que le mâle. Les rats sont-ils tous mâles ? Un souris ? une souris mâle ? Quel est le bon vocable et quel est le bon article ? Et pourquoi LE soleil et LA lune ? Quand on apprend la langue allemande, on fait connaissance avec trois genres, le masculin, le féminin et le neutre. Das est l’article gouverné par le neutre. Pourquoi ne pas acclimater das souris, das girafe ? Pour le soleil et la lune, das soleil et das lune feraient tout aussi bien que les genres, au demeurant opposés, dont on les affuble dans chaque langue.

Venons-en à des considérations plus nuancées. Par exemple le mode (mode opératoire) et la mode (la mode et les nouveautés). Le mode opératoire n’a aucune raison d’être spécifiquement masculin ou féminin. Donc ce sera das mode. L’affaire est plus compliquée pour la mode féminine et la, ou le, mode masculin. Et qui pourra continuer à utiliser LA mode masculinE ?

Et dieu ? Masculin, féminin ou neutre ? Comme il existe un féminin, déesse, utiliser dieu et non déesse est discriminatoire pour les femmes s’il se réfère au créateur tout-puissant reconnu par des multitudes.

Nous sommes en présence d’une nouvelle querelle sur le sexe des anges. Das ange ? Tout ceci indique clairement que le genre des mots ne peut pas être rapporté à des faits anatomiques, ni même symboliques. La vérité est que la vie des mots est décalée de la vie tout court. Même si certains grincheux voudraient en faire des outils de propagande pour leur mythologie.

Roland Monet (Observatoire International des Patrimoines Familiaux)

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