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A Forcalquier, au pays des « médecines douces », la lente pénétration du vaccin

A Forcalquier, au pays des « médecines douces », la lente pénétration du vaccin

A Forcalquier, au pays des « médecines douces », la lente pénétration du vaccin

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« Centre de vaccination au fond du couloir. » L’affiche est discrète, collée sur une porte en bois. Au grand malheur de la secrétaire de la mairie de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), obligée d’indiquer le chemin « vingt fois par jour », comme si ce centre avait été installé la veille. C’est pourtant le premier du département des Alpes-de-Haute-Provence à avoir ouvert, dès le 18 janvier, à l’initiative d’Emmanuel Luthringer, premier adjoint au maire et pharmacien depuis vingt-cinq ans.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

Depuis huit mois, la petite équipe mobilisée non-stop a injecté quelque 20 000 doses aux habitants du pays de Forcalquier. C’est à la fois beaucoup et peu : le département est, sans surprise, dans la queue du peloton de la vaccination contre le Covid-19. « Le département est ancestralement réticent à la vaccination. Ici, il faut se battre avec les patients pour qu’ils se vaccinent, ça a toujours existé », soupire Jean-Jacques Gazèle, médecin référent du centre.

A 70 ans, ce médecin généraliste à la retraite a passé une partie de sa carrière à former ses confrères et à décrypter les spécificités médicales de son territoire. Il liste trois freins principaux à la vaccination : beaucoup de personnes sont isolées et ont peu de contacts sociaux ; il n’y a pas eu une grosse épidémie dans le département et les habitants se sentent peu concernés ; enfin, « une partie des médecins ne conseillent pas la vaccination car ils préfèrent les médecines douces, comme l’homéopathie ou la naturopathie ».

Désert médical

A Forcalquier, au pays des « médecines douces », la lente pénétration du vaccin

Cette médecine parallèle est le fruit d’une histoire. La commune est un désert médical recensé dans les zones d’intervention prioritaire du département. Mais de nombreux praticiens de santé non réglementés y ont élu domicile depuis des années, fleurissant sur ce vide et répondant à une demande de plus en plus forte de la population locale, très « nature » et « bio ».

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A deux minutes de là, à côté du centre des impôts, dans une des petites rues qui serpentent depuis la mairie vers les terrains de pétanque, une dizaine de praticiens – en naturopathie, réflexologie, éthiothérapie et autres disciplines de santé et bien-être – se sont regroupés dans un lieu commun depuis deux ans, Art(s) de vivre. Devant les murs ocre, Marion Henry, naturopathe et iridologue, explique sa démarche, complémentaire pour elle de la médecine conventionnelle : elle s’occupe de traiter non pas les maladies, mais les dysfonctionnements de l’organisme repérés en amont.

Marion Henry refuse de partager son statut vaccinal, de la même manière qu’elle assure ne pas le communiquer à ses patients. « En naturopathie, ce n’est pas notre boulot de nous positionner sur la vaccination. Si on me pose des questions, je dis que ce n’est pas ma discipline », assure la jeune femme. Parmi les personnes qui viennent la consulter, elle dit observer « un état de confusion grandissant » provoqué notamment par « la communication tous azimuts du gouvernement et des médias sur l’épidémie ». « Tout change tellement vite, avec tellement d’informations qui s’entrechoquent, ça crée de l’anxiété », assure la naturopathe.

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